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Voyager à travers la (trans)culture - par Jodi Rose Version Imprimable Suggérer par mail
Rédiger ce blog dans le train de Paris à Berlin semble particulièrement indiqué pour mon premier “trans reportage”,  après un voyage mouvementé à  Amsterdam, Bruxelles, Paris et finalement Barcelone avec un kaléidoscope d'impressions et d'expériences culturelles et gourmandes !
 
Temp° Sauna
Ce périple transculturel a démarré à Berlin dans une cour, à l'intérieur d'un sauna créé par Mika, un ami finlandais, qui utilise des techniques traditionnelles dans un tente où cinq personnes peuvent jouir de la chaleur des pierres et bois confortablement. “Temp Sauna” traduit bien la tradition finlandaise dans de nouveaux contextes et une mobilité contemporaine. Jusqu'ici le sauna est passé par San Sebastian, Sydney, Berlin jusqu'à revenir en Finlande.
Temp°  Sauna

“...ce projet qui prend sa source dans la tradition finlandaise explore cette transition avec le présent et des situations alternatives de façon inattendue.  La  construction est lo-tech ; le processus esquissé et l'expérience toujours changeante et toujours unique.”

Je suis fascinée par ce besoin de créer quelque chose à partir de notre culturel maternelle pour offrir cette expérience à d'autres personnes dans d'autres endroits. Il y a quelque chose de très particulier dans les interactions que l'on peut avoir dans le sauna, les différentes couches qui se dévoilent, les conventions, les apparences...on est tout nu ensemble!

Dans ce sauna, de nombreuses affaires se négocient et des discussions profondes peuvent avoir lieu.  Mais si vous n'êtes pas prêt à vous déshabiller avec vos collègues ou vos amis, vous pouvez perdre un  certain niveau d'engagement...Mika projette de réaliser un dôme ergonomique, un lieu qui se prêterait parfaitement à des projections sonores et vidéo pour proposer une expérience immersive audio-visuelle. C'est un point de départ idéal pour ce voyage de traverse qui progressivement va rentrer en contact avec des cultures et des climats plus sudistes...
 
Harpiste Extraordinaire au q-o2 Werkplaats
A Bruxelles, nous voici plongé au q-o2 dans l'art sonore avec une soirée consacrée à la harpe contemporaine. Rhodri Davies se lance dans plusieurs compositions solo– le spectre est large depuis une pièce magique fluxus au début du set utilisant la radio et des objets joués sur l'instrument  jusqu'à la “harpe dyslexique”, une composition qui requiert de la part de l'instrumentiste de jouer complètement dans le noir. Une utilisation de la “harpe en tant que filtre” amusante.  A suivre donc cet espace q-o2 qui propose un programme de qualité aux artistes et au public, un espace pour explorer et expérimenter en profondeur tant l'improvisation acoustique et électronique que la composition musicale ou encore l'installation et les arts sonores.
 
La Générale Nord-Est
La générale Nord-Est, à Paris, propose une toute autre sorte de concert avec des performances   sonores et visuelles expérimentales dans un nouveau lieu, celui de la communauté d'artistes La Générale à Belleville, certains membres ayant déménagés à Sèvres. Le concert a lieu dans une sorte de centrale électrique au très haut plafond et avec un grand hall qui se divise en un foyer/espace lounge, un bar, une cuisine où l'on sert de la soupe aux poix cassés et au potiron,et l'espace de performance derrière des rideaux de velours noirs où des faisceaux de lumière suspend un panorama étoilée au-dessus du public.
 
Tengal radio & Eric van Osselaer – la Generale Nord-Est,  Paris
La première installation/performance, 'Electromagnetic Society' de Tengal , dans l'entrée, utilise un dispositif radio quadriphonique  ; chaque unité est  amplifié en direct avec un  microphone et feed back dans le système, créant une table de mixage radiophonique sans entrées. Ce dispositif  flotte au-dessus du public, capturant les voix et même le concert  impromptu d'endives de l'homme-orchestre belge des fruits et légumes, Eric Van Osselaer .
Concrètement, le volet  performance consiste en un micro contact qui capte le bourdonnement de la machine en jouant le ficher son de  'daisy bell', la première chanson à avoir été programmé dans un ordinateur et jouée par un IBM 704 en 1962 (“Daisy, Daisy répond me...”)
Ariadna Alsina au violon  et d'Alejandro Olarte à la guitare, manipulait en direct leurs   instruments pour créer un son  riche et fascinant  fait de distorsions de texture.  Miha Ciglar et Nika Autor (Slovénie) ont joué une belle pièce théâtrale  intitulée “Sonic Beams Acoustic Shadows”. En ayant recours des techniques low-fi pour créer une scénario intriguant, ces performeurs combinent corps et électricité dans leurs machines,  avec un aquarium qui donne un  feedback video en direct et des capteurs qui détectent les mouvements des mains des performeurs.  Cette pièce a démarré avec des sons très  abstraits, minimalistes et craquotants qui accompagnaient une vidéo statique en noir et blanc. La partie suivante implique le corps des  performeurs,dont la peau devient partie intégrante de l'instrument ; leurs gestes composent une palette audio palette aux conséquences audibles tandis que leurs doigts connectés aux visages et aux mains tapotent le long des bras avec un toucher sonore à la fois amoureux et douloureux.  La dernière prestation de la soirée est celle du collectif  rybn qui a développé lentement un mur dense de  feedback et de sons atonaux qui nourrissent un “drone scape” intense.

Un coup d'œil à  La Société de Curiosités, un lieu sans prétention dédié aux sons expérimentaux et à l'avant-garde musicale dans un espace intime unique et intriguant. Ce soir c'est Toba,qui joue  un set extraordinaire avec sa clarinette et son laptop, accompagné par une image voodoo bizarroïde. Nous voilà plongés dans un état de transe hypnotique  Etrange, abstrait, touchant et très beau...
 
Arrivée à Barcelone. Après une série de retards et de lègères mésaventures , mon adorable compagne de  voyage australienne Tania et moi même ratons finalement le show qui nous avait attiré à Mataró, une ville à 30 minutes de voiture de la capitale – mais nous réussissons quand même  à voir des  machines créatrices d'émotion. Ces objets terriblement beaux nous apparaissent comme des créatures sorties de l'esprit dément d'un inventeur de théâtre, avec un piano accrochés à des entonnoirs  en verre ; chacun est imbibé d'une odeur différente pour créer un parfum qui va avec la  mélodie,  un texte et une projection qui montre, sur un écran au-dessus, la performeuse en larmes à cause d'un jeu d'onion . Un troisième machine était plus obscure ; elle était composée d'un  dispositif mécanique permettant de couper le métal. Quand le cylindre scillé est amplifié via des micros contact et mélangé à un paysage sonore live. Cette pièce est encore e développent  ainsi que ce mystérieux collectif d'artistes catalans. J'espère bien être de retour à temps pour leur prochaine incarnation.

Courir entre toutes ces villes dans un temps très court  m'a considérablement inspiré et nourri sensoriellement. Je ne peux synthétiser tout ca en une image globale mais je garde en mémoire des impressions fortes de scènes locales et des parfums distincts de lieux et de cultures. Berlin semble un peu flou après le sauna de Slivovitzas, le gâteau aux pommes au Nordermarkt à Amsterdam se mélange avec l'ambiance bouillonnante  l'ambiance bouillonnante de Mediamatic, Bruxelles fut comme une fête à la maison avec ses  « harptronics » tandis que Paris garde ce goût de vin rouge et de soupe aux  potirons nourrissant une musique électronique minimaliste et low-tech. Barcelone nous offrit un vibrant et excitant mélange de goûts de goûts luxuriants de Xiuxos au marché, la soupe de nouilles, les œufs catalans avec les pommes de terre et les truffes noires chauves jusqu'à ces machines étrangement mélancoliques qui vibrent comme après un moment amoureux.
 
Janvier 2010
Jodi Rose
(tranduction française : Philippe Franck)
 
Catalan perfume piano machine, Mataró Spain Fay Wray and Diva Rosa, Barcelona Spain